[-16] Sexualité ancestrale – Initiation (Haruko Kashiwagi)

Publié le par CasualOtaku

Bonjour à vous, chers lecteurs ! Cet article devrait logiquement être plus lu que les précédents, je suis en effet normalement référencé chez Bikasuishin no Gregarius. J’ai remarqué également que Skav me cite dans son dernier post sur Blogchan, ce qui devrait ramener du monde en attendant un référencement sur cet aggrégateur (Skav attend quelques articles de plus, ce que je comprend tout à fait). Donc bienvenue à tous, je vous laisse donc avec l'article du jour !

 

Dans l’abondante masse d’auteurs publiés en français, il est des mangakas qui passent relativement inaperçus. Manque de visibilité, peu vendeur, public visé restreint… Les raisons de ce phénomène sont multiples et il serait vain de s’étendre sur le sujet.

Alors, quand un bloggeur tombe sur une perle méconnue, il est de bon ton pour lui de prendre la plume et d’annoncer la bonne nouvelle aux otakus de bonne volonté.

C’est ce qui m’est arrivé il y a quelque temps, et je ne peux retenir ma verve plus longtemps.

 

Haruko Kashiwagi est une auteure de seinen manga (chose assez rare pour le souligner, ce genre de production étant largement le fait d’hommes). Deux de ses œuvres nous sont parvenues à l’initiative de l’éditeur Akata/Delcourt : Initiation (Hanazono Merry go Round) et Rivage (Onimushi). Nous nous intéresserons ici à la première.


L'auteure (on a vu plus moche)

 

Paru en 2001 dans les pages du Big Comic Spirits (Shogakukan), Initiation compte cinq volumes d’environ 210 pages (une cinquantaine de plus pour le dernier).

 

Histoire


La jeune auteure a tendance à se mettre en scène dans ses mangas. C’est également le cas ici, où, dès les premières pages, elle nous propose de nous raconter une histoire qui est arrivée à l’un de ses amis. Pour préserver son anonymat, elle l’appellera Ki-Itchi Aiura.

 

Aiura ne sait pas encore à quoi il va participer...


Lors des vacances d’hiver de ses quinze ans, ce dernier se décide à se rendre dans le village natal de son père, afin d’y récupérer le sabre sacré familial. Celui-ci avait été confié à un bonze chargé de briser une malédiction ancienne, et n’avait pas été revu depuis lors.

 

Malheureusement, Aiura s’endors dans le bus, et loupe l’arrêt. C’est en pleine montagne enneigée qu’il se retrouve, avec comme seule possibilité de marcher en sens inverse pour atteindre son but. La nuit tombe, et c’est avec chance qu’une jeune fille en scooter passe par là. Sumiko (c’est son nom) lui propose alors de l’héberger pour la nuit dans l’auberge que tient sa mère.

 

Sumiko


Il découvrira le village isolé de Kebigasawa, où les mœurs sexuelles sont quelque peu inhabituelles… Le jeune homme va alors être entraîné dans une spirale initiatique à laquelle il n’aurait pas dû prendre part, ce qui lui attirera les foudres de bon nombre de villageois.

 

Sexualité

 

On raconte qu’à l’époque Jômon (-10 000 – -300), les populations vivaient autour d’un même foyer et pratiquaient une forme de « sexualité communautaire ». Pendant l’époque de Yamato (300-710), les couples vivaient séparés, et le mari devait régulièrement « rendre visite » à sa femme. Mais un homme pouvait également avoir d’autres partenaires. Les relations entre les deux sexes étaient, semble-t-il, ambiguës. On raconte également qu’à l’ère Heian (794-1185), le mariage d’un demi-frère et d’une demi-sœur était chose fréquente. Rien qu’en se penchant sur l’histoire du Japon, on constate que les modes de relations homme-femme peuvent être très diversifiés. Ce n’est qu’au cours de l’ère Meiji (1868-1912) que la notion de chasteté fit son apparition. Jusqu’à cette époque, les Japonais avaient une sexualité très libre. (Introduction du tome 1)

 

Le village de Kebigasawa, ancienne retraite construite par un seigneur local pour se protéger en cas d’attaque de son château, était perdu au milieu de nulle part. Avant le développement des moyens de communication modernes, la reproduction de la population faisait très rapidement face à un mur : faute de sang nouveau, l’endogamie risquait de ne pas avoir de bons résultats génétiques. Les anciens l’avaient bien compris, et avait mis au point des stratagèmes culturels afin de palier au problème. Ainsi, toute femme de 33 ans était considérée comme dans sa « mauvaise année ». Elle devait conjurer ce mauvais sort en faisant l’amour avec un homme plus jeune qu’elle, de préférence venant de l’extérieur.

 

Sur cette base, toute une sacralisation de l’acte sexuel se mis en place, avec de nombreux rites d’initiation des plus jeunes par les adultes. Paradoxalement, cette sacralisation a pour conséquence de désacraliser le sexe, lui enlevant tout tabou que nos sociétés judéo-islamo-chrétiennes, ou encore japonaise moderne, ont tendance à lui associer.

 

Initiation des garçons par les femmes du village


Aiura tombe ainsi dans un environnement totalement en opposition avec son éducation, ce qui le perturbe énormément. Il faut dire qu’il est bien sollicité, d’une part par une tenancière de l’auberge en plein dans sa trente-troisième année, les mégères du village prêtes à tout pour l’initier, et la jeune Sumiko, qui, malgré son air agressif, pourrait bien ressentir quelque chose de très fort envers lui.

 

Dit comme ça, on pourrait croire être dans un manga-harem comme il y en a beaucoup actuellement. Il n’en est rien, et l’ambiance noire et feutrée de l’ensemble ne fait que souligner le bourbier dans lequel s’enfonce Aiura. Il percera un peu trop profondément les secrets de la communauté, qui cherchera alors à tout prix de se protéger. En effet, comment réagirait l’extérieur s’il apprenait l’existence de ces rites de passage et cette liberté sexuelle ancestrale ?

 

L'initiation se termine par la pénétration l'un énorme penis de paille dans une étroite grotte


Notre héros, qui aurait pu fuir depuis le début, fera cependant tout pour récupérer le sabre pour lequel il est venu. Il est d’ailleurs amusant de souligner le parallèle entre la quête de ce fort symbole phallique freudien (oui, il n’y a pas que l’homoérotisme qui l’est !) et l’initiation à la sexualité d’Aiura.

 

Le manga

 

J’aime bien le style de Kashiwagi, mais il faut s’y habituer. On peut en effet le trouver un peu grossier et oppressant (traits assez épais et saturation des pages entre les perso et les décors). Mais cette impression disparaît au fil des pages et on finit par apprécier cette originalité. Notons que son trait s’affine vers la fin de l’histoire, et encore plus dans Rivage, dont je parlerais à une autre occasion.

 

Le dessin contribue beaucoup à l’ambiance générale de l’œuvre. Quand on feuillette rapidement le manga, on peut se demander combien de litres d’encre l’auteur a bien pu pouvoir utiliser. Les pages sont très noires et sombres. Ceci s’explique par le grand nombre de scènes se déroulant la nuit ou dans des pièces faiblement éclairées.

On a donc une ambiance très feutrée, intimiste. Les scènes de sexe sont très bien représentées, avec une petite touche féminine qui les rend souvent, je trouve, plus excitante qu’un hentai standart.

L’auteure est également très forte lorsqu’il lui faut faire passer un humour de situation subtil. Ce qui n’est pas désagréable pour nous détendre de l’intensité du reste de l’œuvre.

 

  Aiura se laisse peu à peu aller aux jeux de l'initiation...


La narration est, quant à elle, très bien menée. Si les deux premiers volumes se font à un rythme posé (sans lenteur cependant), tout s’accélère avec le retour du père de Sumiko. Le dernier tome est d'ailleurs mené tambours battant pour une poursuite finale palpitante. Un épilogue viendra cependant conclure dans le calme cette série qui cumule sérieux et très bon divertissement.

 

Je vous recommande donc très fortement cette lecture, en attendant de retrouver Haruko Kashiwagi lors d’un prochain article sur Rivage, dont il me reste deux tomes à découvrir.

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Publié dans Otakeries

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P
Une bonne découverte, j'aime ce genre d'histoire où le héros arrive dans un village isolé et va malgré lui découvrir le secret que cache tous les habitants. L'ambiance est oppressante, j'ai beaucoup aimé
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C
C'est parfois trouvable en occaz. <br /> J'ai acheté l'intégrale pour 10 euros (port inclus) sur eBay, ce serait dommage de se priver à ce prix là ;)
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C
J'en avais déjà entendu parler. Faudrait ptêt que je me laisse un de ces quatres.
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